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Come On And Foot Again !

  • mister pb

Ouais ouais, on le sait, moi j'écoute plus la (radio, TV, YouTube, BFM TV, rayez les mentions inutiles même si elles le sont toutes...) !
 

Voilà ce qu'on me répond de plus en plus quand je parle de l'actualité d'un sujet quelconque. Ah bravo ! Très bien d'agir comme ça. Tu peux aussi aller t'installer dans une grotte dans la Creuse et vivre en autarcie en plantant tes légumes ! On a tous l'autarcie que l'on peut.
 

En tout cas, il est un sujet qui ne laisse personne indifférent, même si vous vous en foutez à la base, un sujet qui pousse le manichéisme à son niveau le plus élevé. Une hérésie qui nous vaut l’opprobre immédiat, le bannissement social, voire le bûcher médiatique. Ne pas aimer l'humanité, passerait encore. Cracher sur la littérature ou la philosophie, de même. Tacler le dernier film à la mode vous attirera des commentaires goguenards de la part des branchés. Piquer une bagnole, à la limite, ça peut passer aussi dans certains milieux... Mais retrouvez vous dans un groupe multisocial et osez proférer que vous exécrez le FOOTBALL ! Le lundi matin, la pause-café de 10 h se transforme en un tribunal inquisiteur. « T'as vu le match hier ? » ; la question tombe comme un couperet inamovible. Si vous avez le courage de dire non, on vous regarde avec le même mélange de pitié et de suspicion. S'ils n'étaient pas au courant de votre hantise de la chose, les Autres font de vous l'Asocial, le Paria, le snob insupportable, l'intello méprisant – alors que vous n'avez même pas ouvert votre gueule... Car là comme ailleurs, « Celui qui n'est pas avec Nous est contre Nous ! ». Les rares partisans de cette exécration baisseront les yeux ; quant aux autres, leur regard se posera sur vous dans un silence subit, comme on dévisage un attardé mental à la recherche d'une lueur d'intelligence (ce qui, vous l'avouerez, est quand même un comble...) !

 

Alors, je le confesse et le revendique : je hais ce sport. Je le hais proportionnellement avec la même ardeur que ses adorateurs réservent à leur misérable baballe et à ceux qui la poupoussent dans les bubuts.

 

Et on chante Les Corons, et on entend les journalistes asservis à la masse exulter en parlant de Nuit Magique ! Et vous, dans votre voiture, vous allez écouter – comme je viens de le faire avec l'autoradio hors d'âge de ma bagnole – une décérébrée beugler à propos d'un « match époustouflant, j'ai eu le souffle coupé, j'étais en apnée... ». Moi qui me plains de la pauvreté du langage, qui fait que personne n'est capable de faire des variations sur une même expression, là, j'étais comblé ! Sauf que le principe était inversé ; la pauvre femme manifestait son incapacité à sortir du carcan monolithique de son élocution superfétatoire, et ne faisait que répéter en boucle les déclinaisons du fait qu'elle n'arrivait plus à respirer, et il y avait de quoi.


C'est vrai que moi aussi je suis époustouflé, en apnée, le souffle coupé, hors d'haleine, à bout de souffle, les poumons en feu, quand je vois des professionnels au bord de l'orgasme devant un groupe d'individus faisant mumuse sur un terrain qui serait plus utile à la culture de la betterave !

 

Car en matière de sport, on ne parle plus de loisir. Non ! C'est trop grave. Le football est devenu une religion qui n'est même plus de substitution. Les gens ne regardent plus des matchs, ils vivent des « moments historiques ». Le monde s’arrête de tourner, les chaînes de télévision s’endettent sur trois générations, et l’on hausse la chose au rang d'une poésie épique comme Homère aurait pu la chanter dans l'Iliade. Le Panthéon sur terre, avec, à la place des héros de l'Antiquité, les nouveaux gladiateurs arborant des coupes de cheveux défiant les lois du bon goût, des tatouages qui colleraient la honte à une prostituée russe, et des maillots recouverts de plus de sponsors qu'une Formule 1. Leur fait d'armes principal ? S'effondrer sur le gazon, le visage déformé par une agonie shakespearienne, parce qu'un adversaire a eu l'outrecuidance d'effleurer leur tibia gauche. Le café-théâtre a encore de beaux jours devant lui quand on voit ces starlettes pleurer des larmes de sang pour réclamer un penalty, avant de se relever miraculeusement, fraîches comme des gardons, trois secondes plus tard. La guerre de Troie n'aura pas lieu !

 

Mais alors, allez-vous dire, il en connaît un rayon le Mister PB quand même pour avoir observé tout ça ! J'avoue…

 

Il faut dire que ma télécommande Monaco Telecom a parfois un comportement ambivalent (incroyable de la part d'un outil provenant, pourtant, d'une entreprise aussi fiable !). Il m'arrive ainsi de me retrouver, alors que je zappe sagement à la recherche d'un film supportable, sur une image colorée dans laquelle s'agite une vingtaine de bonhommes à la tenue bariolée et poussant du pied un étron blanc plus ou moins ovoïde avec la ferveur d'un labrador lâché dans une prairie. Et comme un visiteur de prison qui va rencontrer un tueur en série, comme une Jodie Foster qui rencontre Anthony Hopkins dans « Le Silence des Agneaux », il peut m'arriver d'être fasciné par l'horreur du spectacle et de rester scotché devant l'écran alors que je me suis égaré sur une chaîne honnie. Je n'en crois pas mes yeux !

 

Après l'idée de religion, je n'aurais pas non plus l'outrecuidance de vous citer le sempiternel refrain Le football est l'opium du peuple !, qui en est le dérivé, et qui a aussi remplacé le plus généraliste Du pain et des jeux, remontant aux anciens Romains. Ah ben si, je le fais... Sauf que depuis quelques décennies, c'est plutôt l'inverse qui se produit. Si tant est que l'opium était censé l'endormir, maintenant, on est passé à la coke. D'ailleurs, leurs supporters ne s'y trompent pas : ils vont régulièrement se mettre sur la tronche aux alentours des stades, en brûlant quelques bagnoles ou bus et en cassant des vitrines de magasins, que leur équipe ait gagné ou perdu, d'ailleurs. Que voulez-vous, c'est l'exacerbation de la passion sportive ; chassez le naturel du supporter, il revient au galop. Parce qu'auparavant, ils se foutaient sur la gueule uniquement dans les tribunes, comme en mai 1985 au stade du Heysel (39 morts et 465 blessés). Puis, ça a débordé aux alentours des stades (extension du domaine de la lutte...). Maintenant, ça s'externalise à des kilomètres, jusqu'aux Champs-Élysées la dernière fois ! Samedi dernier, 416 interpellations et « à peine quelques magasins saccagés » - s'est enorgueilli le crétin de journaleux de service. C'est fou, ça ! Que leur équipe gagne ou perde, qu'ils soient contents ou atterrés, ils vont tout péter ! Oui oui, je sais, c'est une minorité de provocateurs, et un maximum de casseurs qui sont là pour ça. Il n'empêche que ce n'est pas après un match de tennis à Roland-Garros que ces événements se passent. Hasard ou affaire de style ?

 

Prenez un comptable, tout ce qu'il y a de plus calme, un père de famille d'ordinaire paisible. Installez-le devant une TV, mettez-lui une écharpe ridicule aux couleurs de son équipe, donnez-lui une canette de bière et regardez la magie opérer. En moins de dix minutes, le vernis de la civilisation craque pour laisser place au retour du cerveau reptilien qui nous guette tous, beuglant des injures d'une vulgarité à faire rougir un habitant des quartiers nord de Marseille. Le tout, au nom d'une communion tribale de bas étage. « On a gagné ! On a gagné ! ». Ben non, mon pauv' Jean-Louis, t'as rien gagné du tout. T'as juste regardé des mercenaires surpayés faire leur petit boulot. Les empereurs romains en rêvaient, la FIFA l'a fait ! Pendant que le prolétariat s'écharpe pour savoir si un hors-jeu scruté au millimètre par l'assistance vidéo était justifié, on fait passer des réformes à la hache, le monde crame et s'autopollue, la société s'effondre dans une indifférence rythmée par des chants qui puent la bière et les chips à l'ail.


Les casseurs ? Avec un État démissionnaire qui n'arrive pas à sanctionner les responsables, voire les parents, et à les faire payer ? Adapter l'éducation à l'école ? Parlez-en aux instits, ça va bien les faire marrer. « Attention, pas de sanction ! Ça ne marche pas, les sanctions ! ». Et qu'on ne me parle pas des valeurs du sport que le foot serait censé véhiculer. Quelles valeurs ? Les valeurs financières des reventes de joueurs à des prix astronomiques ? Celles des États totalitaires qui s'achètent une virginité diplomatique à coups de pétrodollars ? Celles des chantiers pharaoniques où des milliers de travailleurs crèvent de chaleur pour construire des stades climatisés au milieu du désert ? D'accord, les tennismans, les basketteurs, les golfeurs ont leur part de responsabilité, mais ils ont l'avantage d'être moins nombreux sur le gazon ou la surface rapide.

 

La cerise sur le gâteau va être le Mondial de cet été. Des pays qui se mettent sur la gueule à coups de missiles vont aller à l'autre bout du monde communier sur gazon pour montrer que : le Sport avant tout ! Il ne manquerait plus que l'Iran se retrouve contre les USA à la fin ! D'un côté, l'Oncle Sam, champion du monde de la démocratie approximative ; de l'autre, la théocratie de Téhéran, spécialiste mondiale du pétage de gueule idéologique.
 

Si ça arrive, ne vous inquiétez pas, il ne se passera rien, dans les tribunes ou ailleurs. Les vingt-deux millionnaires en short courront poliment après la baballe (pour le bubut, j'espère que vous suivez), en prenant toutes les précautions pour ne pas froisser les sponsors pétroliers qui financent la mascarade. Pendant ce temps, en tribune VIP, les diplomates des deux camps échangeront des sourires crispés, en calculant le prix du baril de brut après le coup de sifflet final.

Quand les matchs vont commencer, j'ai prévu d'enlever les piles de ma télécommande.
 

Mon autarcie à moi…

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