MENU

Couleurs, vous avez dit Couleurs ?

  • mister pb

Cet été, nouvelle exposition au G.F. de M. sobrement intitulée Couleurs (les initiés sauront ce que c'est et où c'est...). Parce qu'on y traite beaucoup des couleurs à l'intérieur... Le but avoué étant de faire cohabiter un ensemble disparate d’œuvres, peintures, sculptures, collages, en provenance du Musée Beaubourg en pleine réfection, mélange hétéroclite sous le prétexte, donc, de « couleurs ». Ambiguïté supplémentaire car beaucoup d'entre elles sont en noir et blanc (même si le « blanc » est la totalité du spectre des couleurs, et le « noir » l'absence, oui, bon, on reste donc dans le thème, bravo !).

Dans un désordre apparent (...) : un ou deux Picasso, Chagall une œuvre de 1917 (avant qu'il ne donne dans le bestiaire azuréen naïf), une De Chirico très étonné d'être là, une Lempicka subtile (encore plus étonnant qu'elle soit là, ils ont du se planter) un peu de tout, et bien sûr beaucoup de n'importe quoi. Bref, l'ensemble fait un peu « cheap », du genre « on a récupéré ce qu'on a pu et on monte quand même une expo avec quelques noms connus ». Chose assez récurrente dans ce lieu unique de la Principauté !


Ouiiii, je vous entend d'ici : bien qu'un peu initié quand même, mon incompétence artistique est manifeste, et pourrait être raillée par le premier compétent sous prétexte qu'il a visité une quinzaine de musées, lu 25 bouquins et qu'il possède 3 lithos chez lui. Mais, entre compétence et bon sens, il y a souvent un écueil qui justifie mes remarques ! Et si l'on peut saluer une tentative de dépoussiérage de la culture en mariant un art classique avec une manifestation destinée à remplir un espace, le mot fumisterie transparait souvent en filigrane, colorisé ou pas !

Histoire d'en rajouter, des mini-salles représentatives d'une couleur particulière, baptisées « espaces sensoriels ». Rimbaud nous avait fait des rimes et des couleurs ; le Grimaldi Forum nous fait des odeurs et des couleurs. On passe un rideau en plastique et on se retrouve - soit disant - immergé dans l'ambiance supposée que les organisateurs du show ont attribuée à la dite couleur - verte par exemple, alors lumière diffuse « verte », son ou musique « verte », odeur « verte », tout cela étant évidemment très interchangeable - je veux dire qu'on aurait pu mettre la musique du rose dans celui du vert et la senteur du jaune dans le bleu sans que cela ne modifie quoique ce soit en terme de sensation, le tout étant très subjectif, pour ne pas dire directif puisque généré par les braves gens qui ont eu l'idée fumiste. Bon, rien de neuf sous le soleil, toutes les manifestations de ce type et autre « happenings » regorgent de ce genre de créations destinées à vous faire prendre des vessies pour des lanternes odorantes ou pas, ou, en l’occurrence, justifier le thème de l'expo par le petit plus qui va en piloter le sens. Et le pire, c'est que comme d'habitude, ça marche ! J'ai glané ci et là dans ma balade entre (hors-d')œuvres des commentaires insipides ou éclairés - bien que déplacés - pour les uns, pâmoisons extatiques pour d'autres, et un consensus évident pour la démarche sensorielle. Sans parler des gosses, qui bien sûr, s'amusent beaucoup de la chose :
- Mamaaaan, c'était géniaaaaaal la pièce rose !
- Ta gueule petit con, on n'est pas à Eurodisney !
(le dernier commentaire est de moi)

D'ailleurs, en plein centre, sur un grand panneau blanc, toute une liste de phrases d'auteurs, surjustifiant la démarche en question. Une en particulier m'a frappé :
« Sounds have colours, colours have smells ». Ce qu'on peut aisément traduire par « Les sons ont des couleurs, les couleurs ont des odeurs ». Wladimir Nabokov.
Pas étonnant qu'il s'intéressait aux petites filles, il devait marcher au LSD pour dire des choses pareilles !


N'oublions pas la température, très basse, pour protéger les œuvres qui risqueraient d'en pâtir. Comme d'habitude au G.F. la moyenne de la température ambiante se situe autour de 17-18°, saisissant lorsque vous venez d'un extérieur où il fait 30° à l'ombre. Toujours avide de vérité, et en sachant très bien qu’il est inutile dans aucun musée de descendre ladite température en dessous de 22° - vous pouvez vérifier - j'avisais un des membres du service de sécurité (ce n'était pas forcément le meilleur interlocuteur, mais je suis compatissant avec le petit peuple), qui, tout comme ses collègues postés de loin en loin, contemplait d'un œil atone la populace défilant, et lui demandais d'un air faussement naïf quelle était la température de l'endroit. Il prit un air courroucé - ne le dérangeais-je pas dans sa surveillance fondamentale de l'environnement ?
- Ah mais Monsieur, pour la protection des œuvres présentées il convient qu'une température et une hygrométrie basses soient maintenues !
- Ah bon, ah c'est ça ! dis-je assez fort pour que les gens alentour m'entendent, mais c'est curieux parce que j'étais au Louvre la semaine dernière, et au musée d'Orsay juste après, et d'ailleurs le mois dernier au Metropolitan de New York, et, bon, on ne se gelait pas autant ! Vous ne trouvez pas que c'est exagéré ??


Il parut estomaqué pendant quelques secondes, puis murmura quelques mots en tenant son oreillette comme le faisait James Bond dans je ne sais plus quel épisode :
- Sécurité, vite, intervention  zone 4 !


Dix secondes plus tard, j'étais ceinturé, garrotté, et entraîné dehors malgré mes protestations. Quand je montais dans l'hélico des urgences qui devait m'amener au centre psychiatrique, j'eus le temps d'apercevoir sur la place devant l'entrée de l'expo qu'un cordon sanitaire avait été installé à grand renfort de banderoles. Je devais apprendre par la suite qu'une cellule psychologique était mise en place pour les visiteurs présents. Tout ça par ma faute... Ça m'apprendra à poser des questions déplacées.

A Monaco, on ne déconne pas avec l'Art !


 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Thème Magazine © -  Hébergé par Overblog