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Grosse bébête

  • mister pb

Il est des moments fugaces dans la vie, où les choses paraissent éternelles, ou rien dans l'air qui vous environne ne pourrait laisser croire à une subite altération qui ruinerait la suite de votre existence. Un rayon de soleil calme qui darde dans le ciel bleu, un doux vent léger qui agite à peine à peine la végétation environnante. Que pourrait-il vous arriver ?

Est-ce que le 6 août 1945, à 8h du matin, les habitants de Hiroshima - dont la plupart prenaient leur petit déjeuner en toute sérénité, constitué majoritairement de poisson cru, ce qui me parait une bonne raison pour être éradiqué - pensaient qu'une bombe A allait leur tomber sur la gueule 5mn plus tard ?


Quand j'arrivais sur le parking de l'Intermarché - début août dernier moi aussi - je ne pensais pas que ma vie aurait pu prendre un tournant aussi dramatique ce jour-là. Ceux qui me connaissent savent que faire les courses me gonfle, à peu près autant que regarder la Nouvelle Star (j'étais obligé quand j'étais en couple, pensez si maintenant je continue !). Je me garais à une place libre - je mets ça pour rallonger un peu le texte, sinon vous allez le trouver un peu court, car oui, bien évidemment, la place était libre, autrement je n'aurais pas pu me garer, ha ha ha - place située dans une allée entrecoupée de loin en loin par des minces zones de plantations de lauriers roses, destinées à égayer l'endroit qui serait sinon un peu austère. Vous allez me dire : mais un parking, il n'y a pas de raison que ce soit joyeux non plus. Ah si, on peut y rigoler parfois, la preuve. Et justement, je plaçais ma voiture juste à côté d'un parterre d'où se dressaient les végétaux sus-décrits, pile devant une voiture rouge déjà là. Et je sortis triomphalement de mon véhicule, mes sacs à la main, prêt à affronter l'adversité consumériste et la recherche d'un caddie fonctionnel, angoisse qui nous guette tous...

A peine hors de la voiture, j'avisais qu'entre les ramures de l'arbuste à ma gauche, était dressée une PUTAIN de toile d'araignée ! Désolé pour ce mot extrêmement vulgaire, mais il est à la hauteur de ma surprise face à la taille de l'ouvrage - de surcroît habité, car une superbe épeire, ou son équivalent, s'étalait grassement au milieu, un corps massif et des pattes gigantesques, enfin quelque chose d'énorme pour qui ne vit pas en pleine forêt équatoriale ! Rarement vu une bestiole pareille dans nos contrées…

Perdu dans ma contemplation, j’aperçus soudain une petite fille d'une huitaine d'années qui se glissait entre la voiture devant la mienne et le massif de plantes, pour arriver devant moi en cherchant à passer, évidemment.

Malgré ma répugnance à entamer la conversation avec des membres du genre féminin de moins de 35 ans (je connais mes limites question patience) et en même temps que je désignais la toile à la gamine, je sortis cette phrase qui m'apparut sur le moment spontanément anodine :
-Dis donc, tu en as déjà vue une aussi grosse ?!

A l'instant même où ces mots sortaient de ma bouche, je reçus une décharge d'adrénaline en réalisant l'énormité potentielle de ce que cela pouvait suggérer à un esprit mal tourné. D'ailleurs, la confirmation ne tarda pas : un bruit de portière vint de la voiture rouge de devant, d'où sortit une femme échevelée et toutes griffes dehors qui foudroya de son regard la scène, ma phrase lui étant parvenue par la fenêtre ouverte.
- Maman, maman ! beugla la fillette tout en désignant la toile, tu as vu l'énorme araignée qui est là ?

Rassurage et décontractionnage général de la mère faussement outragée ! Je ne serai pas lynché sur le parking par une foule en furie déchaînée par une malheureuse ayant cru que j’exhibais mon appendice caudal à sa fille. Au contraire, nous échangeâmes devant l'arachnide (très surprise de l'attention qu'elle suscitait) quelques banalités incompétentes sur les sales bêtes en général, et nous nous séparâmes pour vaquer à notre destin respectif. C'est ainsi qu’après réflexion, je remontais dans ma voiture pour aller ailleurs. Oui, car cette fois là et désormais, je fais mes courses à 10 km pour échapper à cet endroit maudit.

Mais faut que je fasse attention aux quiproquos, et comme contrairement à beaucoup de monde je n’ai pas l’esprit mal placé, j’ai tendance à être un peu gaffeur.

La prochaine fois que je vois une femme en train de ramasser des coquillages sur la plage, hors de question que je parle de moules….

Surtout si elles sont grosses.


 

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